Impossible amitié

 

 

Alors que les terres n'appartenaient encore qu'à la nature et que les animaux aussi variés soient ils broutaient en liberté, les hommes vivaient là, en pleine évolution. Les mammouths ou diverses antilopes étaient leurs repas quand les intempéries n'empêchaient pas les parties de chasse.

 

Niska faisait partie d'un groupe qui vivait près d'une roche connue aujourd'hui par le nom de Solutré. Niska était une petite fille agile, maligne et aimant par-dessus tout les animaux. Encore trop petite pour aider les adultes à chasser ou à confectionner des habits de fourrure, elle jouait toute la journée avec ses amis. Quand elle s'en allait trop loin, son grand frère Ataris, venait la chercher.

 

Un jour, alors que l'hiver approchait, les plus courageux guerriers du groupe se préparèrent à partir en expédition à la recherche de nourriture pour subsister à la mauvaise saison. Durant les rudes hivers, quand la troupe n 'avait plus assez de nourriture, les plus faibles comme les enfants ou les vieillards mourraient. Le gibier partaient plus loin dans les terres et pour réussir à les traquer, les chasseurs devaient parcourir de longues et pénibles distances. Niska aurait bien voulu les suivre mais elle n'aurait pas pu résister à la longue marche.

 

D'ordinaire, les chasseurs partaient pour de longues périodes de plusieurs mois mais cette fois-ci le petit groupe revint trois jours après. Ils ramenaient de bonnes nouvelles car ils avaient repéré un troupeau de chevaux sauvages qui avançait vers leur camp. Les chevaux quittaient leur pâture, fuyant le froid. Près, de leur caverne, Il y avait un grand espace d'herbe et les chevaux y firent une halte.

 

Niska vagabondait comme à son habitude quand elle aperçut qu’un cheval s'était coincé dans des ronces lui lacérant les jambes. C’était un cheval assez musclé, des zébrures serpentaient sur ses membres et sous son épais toupet noir brillaient deux grands yeux ou on pouvait lire la douleur que les épines lui infligeaient quand elles piquaient sa chair. Il ne pouvait exprimer sa souffrance que par son regard étant une proie devant se montrer discrète face aux prédateurs. Sa robe beige aux reflets dorés avait été marqué par le voyage qu’il avait du faire avec sa harde.

 

Niska remarqua des vieilles cicatrices qu’il avait sur le corps, il devait sûrement subir la colère de ses dominants telle était la règle de la hiérarchie. Avec précaution, Niska approcha. Le cheval avait remarqué sa présence et la regardait, tendu et près à attaquer pour sa survie. Niska était maintenant à quelques mètres quand le cheval paniqua. Il se leva de toute sa hauteur mais restant prisonniers de ses liens épineux, il se débattait dans tous les sens. Les ronces le faisaient tellement souffrir que finalement, épuisé, il abandonna la lutte et se laissa retomber lourdement sur le sol respirant d’un souffle saccadé et nerveux. Niska retourna au camp puis elle prit une pierre coupante. Non loin du camp se trouvait un endroit plein d'herbe tendre. Elle en arracha quelques brins et retourna près du cheval.

 

Il était toujours là, couché. Avec précaution, elle s'approcha, la pierre dans la main. Le cheval releva la tête, les yeux grands ouverts et fixant la petite fille qui tentait de le rassurer de sa douce voix. Elle arriva doucement vers la tige la plus grosse et la coupa. Niska eut à peine le temps de s'éloigner que le cheval bondit et se délivra des branches emmêlées dans ses jambes. Il s’enfuit au grand galop dans la foret. Niska aurait bien voulu le soigner mais il avait trop peur d’elle. Elle déposa quand même l'herbe dans un coin et se remit en route vers la caverne quand elle entendit un bruit derrière elle. Elle couru de nouveau vers l'endroit et eut juste le temps de voir le bout d’une queue disparaître derrière les buissons. L'herbe avait été mangé.

 

Les jours suivants, elle en ramena régulièrement et à chaque fois, le cheval venait la manger. Plus les jours passaient et plus Niska arrivait à l’approcher. Un matin, elle essaya de le caresser. Elle prit de l'herbe comme à son habitude mais cette fois-ci elle resta assise, l'herbe dans la main.

Le cheval arriva et hésita, surprit de ce changement, Il avança pas à pas poussé par la faim et soudain se cabrait pour montrer qu'il n'aimait pas ce que lui imposait cette petite fille. Après bien des cabrades et des tentatives, le cheval mangea l'herbe dans les mains de Niska. Trop pressée, elle voulut le caresser tout de suite et le geste de sa main effraya le cheval qui s’éloigna brusquement.

 

Dans la troupe, l’agitation était grande. Cela faisait longtemps qu'ils n'avaient pas vu autant de gibier si près du camp. Tout le monde s'activa, les uns préparaient des lances avec des pierres taillées, d'autres confectionnaient des outils pour dépecer et couper la viande. Les anciens cherchaient la meilleur façon de prendre le plus de chevaux possible en une fois car si les chasseurs semaient la panique dans le troupeau, les chevaux partiraient et continueraient leur chemin.

 

Habitant près d'une roche, ils trouvèrent l'idée de guider les chevaux vers la falaise et de les faire tomber. Trois hommes partirent donc repérer le chemin. Ils suivirent le chemin le plus droit possible et arrivèrent au bout de la roche, là un vide de plusieurs mètres ou les chevaux seraient poussés. Le travail commença, ils coupèrent la végétation qui aurait pu faire dévier les chevaux.

 

De cette manière la troupe aurait de quoi manger pour tout l'hiver. Le soir, tous les chasseurs se réunirent et parlèrent de cette idée. Finalement, tout le monde fut mis d'accord sur la façon de les guider. Chaque homme prendraient une torche à la main pour faire peur aux chevaux. Pour ne pas trop tarder, ils décidèrent de mettre en pratique les jours suivants.

Les enfants et les femmes n'étaient pas concernés et Niska ne se doutait pas que son nouvel ami pourrait être tué lui aussi. Elle pensait qu'ils allaient faire une chasse tout à fait habituelle. Deux jours après, les hommes les plus forts et les plus rapides se préparèrent pour la grande chasse. Ils avaient planifié le circuit à prendre et chacun s’équipa d'une torche et d'une lance, par sécurité.

 

Il n'y avait plus qu'à attendre la nuit pour que les chevaux voient bien les torches.

Peu à peu le soleil descendit vers l'horizon dans une couleur rougeâtre comme pour s'éteindre devant le massacre qu’il y allait avoir. Les chevaux broutaient, calmes et paisibles ne sachant pas qu'ils ne retrouveraient peut-être pas cette herbe tendre le matin suivant.

 

Niska fut enfin mise au courant de ce qui se préparait et partit enfiler une fourrure pour suivre les chasseurs. Elle prit aussi une torche pour retrouver son ami. La nuit noire arriva et tous se mirent en route.

 

Ils avançaient doucement dans la nuit évitant de faire trop de bruit. Pour cerner les chevaux et les guider vers le chemin qui permettrait de gravir la roche, les hommes contournèrent l'endroit ou les chevaux broutaient et se placèrent accroupis dans l'herbe. Niska, qui avait prit connaissance du plan, était déjà en haut d'un rocher. Les hommes allumèrent tous leurs torches et une fois placés correctement, ils commencèrent leur avancé sur les chevaux, la lance à la main.

 

Les chevaux se réveillèrent, toutes ces lumières qui les entouraient semèrent la panique dans le troupeau. Voyant les lumières se rapprocher d'eux, les chevaux partirent dans une folle galopade suivis par les chasseurs qui les obligèrent à se diriger vers la colline.

 

Comme prévu, ils empruntèrent le chemin qui débouchait, plus haut, sur falaise. Les silhouettes rapides des chevaux gagnaient petit à petit le sommet de la roche. Des chasseurs placés le long du chemin guidaient de leurs torches les chevaux affolés. Les hommes s'étaient placés de façon a créer un chemin montant au bord de la falaise, là les chevaux complètement paniqués tomberaient du haut de la roche pour se tuer plus bas. les femmes quant à elles restaient prêtes avec leurs pierres aiguisées pour récupérer la viande près du camp.

Niska, assise sur son rocher, entendit le bruit des sabots et les cris des hommes qui arrivaient. La nuit était noire mais Niska avait sa torche. Après de longues minutes, elle vit les premiers chevaux arriver mais son ami n'était pas là. Le troupeau passa dans un bruit incroyable soulevant des masses de poussière. Le frère de Niska faisait la chausse aussi et quand il la vu, il lui ordonna de rentrer mais rien n'y faisait Niska lui dit qu'elle devait sauver son ami et elle s'enfuit. Son frère n'y comprit rien, de quel ami pouvait-il s'agir?

 

Pensant que c'était une petite fille de la tribut qui se serait perdue, il prévenu les autres d'arrêter la poursuite. Ils éteignirent leurs torches et marchèrent jusqu’à la falaise.

 

Certain chevaux n'étaient pas tombés mais pas de traces de Niska. Soudain, ils entendirent un bruit de sabots qui venait de derrière le reste du troupeau Ils virent une lumière qui s'approchait très rapidement, ils prirent peur croyant à un monstre. La chose arriva finalement, c'était Niska sur son cheval. Tous la regardèrent, étonnés .Son frère s’approcha:

- Niska! C'est ça ton ami?

- Oui c'est lui, je l'ai débarrassé des ronces et après il revenait toujours me voir, dit Niska, je ne veux pas que tu le tue, il est gentil.

_ Comment es-tu monté sur son dos? demanda son frère qui ne pensait pas que c'était possible.

_ Quand j'ai vu qu’il s'approchait de la falaise, je l'ai appelé et pour l'empêcher de suivre les autres, j'ai sauté dessus. Tu as vu comme il va vite?

Allons viens avec nous maintenant la chasse est finie, dit son frère.

 

Le frère de Niska demanda à quelques chasseurs de rester près des chevaux pour les surveiller afin qu'ils ne s' échappent pas. Une fois arrivés au camp ou les femmes dépeçaient et coupaient la viande, le frère de Niska voulut rassembler les hommes pour parler.

_ Tout à l'heure quand j'ai vu Niska sur ce cheval, j'ai eu une idée, dit Ataris, notre chasse est bonne et ce n'est pas la peine de tuer les chevaux qui ont survécut.

_ Ou veux-tu en venir Ataris, interrogea un ancien.

_ Nous pourrions essayer de monter sur les chevaux nous aussi, nous irions vite et il nous serait plus facile de chasser ainsi. Si Niska a réussit à monter sur l'un d'entre eux, nous pourrons aussi le faire.

_ Mais comment est ce que l'on va les empêcher de partir maintenant, on ne va pas les surveiller toutes les nuits, dit un des chasseurs,

_ Le feu leur fait peur, nous avons déjà un moyen de les retenir, proposa un ancien, de plus Niska a dit que les ronces s’emmêlaient dans leurs jambes. Formons une barrière de ronces tout autour des chevaux.

_ D’accord, commençons dès demain mes amis.

 

Les hommes commencèrent ainsi a domestiquer les chevaux et à les monter. Niska garda longtemps son ami avec elle sachant que quelque part, ils avaient contribué à une évolution incroyable dans la vie de tous les jours de sa tribut.

 

Cette nouvelle est inspirée d’une légende liée à la célèbre Roche de Solutré.

 

 "Impossible amitié",caroline Bélair. Tous droits réservés.

 

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